08/06/2004

Oranya, la vie mystérieuse d'une elfe.

[Un petit coin de voile se lève sur ma personne. J'aime les jeux de rôle en réseau et je ne pouvais m'empêcher de mettre ici le BG (L'histoire du personnage pour les non-initiés) d'un de mes personnages. Bonne lecture.]
 

Ce qui pourrait sembler long dans une vie d’humain ne restait jamais qu’une paille sur la ligne du temps de la jeune elfe. Vingt cinq années avaient à peine réussi à dessiner des ébauches de rides aux coins de ses lèvres. Elle arpentait les rues de Centoria emmitouflée dans une cape à la coupe ample, non pas par coquetterie mais plutôt par discrétion. Ses pas semblaient prendre une direction connue après avoir parcouru l’Empire de long en large.

L’année du renouveau qu’ils l’avaient appelée pourtant Oranya n’avait encore jamais rien vu lui permettant de penser en ce sens. Dans sa tête défilaient encore les dernières vingt cinq années de sa vie.

Les nuages déversaient en cascades leur flot de pluie glacée et les éclairs rendaient cet instant tragique mais avec une pointe de magie surréaliste. C’était un tableau fait de murs blancs et bleus, de gris et de noirs profonds se mélangeant sans cesse. Lidiana devait être en colère sûrement pour déverser une telle haine sur tout le continent de Feeril. L’année de l’anneau commençait plutôt mal, l’Empereur, fébrile, lâchait lentement sa vie comme une feuille morte et déjà les fomentations les plus sombres se faisaient entendre dans son dos comme autant de murmures hypocrites, comme autant de coups de poignards et de révoltes prêts à déchirer l’Empire. La grande salle s’était parée de tous ses joyaux, tentures les plus riches pendaient en cascades voluptueuses aux quatre murs éclairés de torches entrelacées de fils d’or, sur la table les mets les plus fins avaient étés cuisinés pour ce qui serait sans doute le pire des repas que l’on puisse un jour connaître. Oranya restait dans son coin, à peine dévoilée par la lumière flamboyante d’un tronc entier brûlant dans l’âtre. Comme à l’accoutumée, elle restait discrète et se contentait d’écouter. Elle leva les yeux vers l’Empereur, triste relique de ce monde qui avait connu la paix, puis vers les prétendants au trône rassemblés autour de la table, telle une horde de loups assoiffés. Pour elle…On rentrait dans l’année du conflit.

L’Elfe se dirigeait maintenant d’un pas plus rapide vers une taverne proche du port d’où s’échappaient multiples railleries et effluves d’alcool mal distillé. Elle poussa la porte à peine gênée par les regards se tournant vers elle, regarda l’entièreté de la taverne avant de jeter son dévolu sur une table à l’écart. Elle garda la capuche de sa cape d’un vert profond vissée sur la tête, leva lentement la main droite et fit un claquement de doigts qui devait être un signal obscur.

L’Empire était en deuil, Valdefort n’avait pu survivre à sa longue maladie malgré les soins prodigués par les mages les plus érudits et l’année du Songe commençait. Déjà le malaise prenait forme alors que le corps de l’Empereur était encore tiède et sa vie présente en nos mémoires. Oranya serrait son kryss discrètement à la ceinture, sans aucune arrière pensée, mais juste prête à se défendre au cas échéant. La nomination d’Ilken Sanveris avait échauffé les esprits et multiples alliances guerrières avaient éclatées. Le temps de la paix semblait révolu et la future monnaie de l’Empire serait le sang. L’Elfe mystérieuse soupirait dans son coin, c’était à son tour d’entrer en scène mais, comme elle l’avait toujours fait, avec la plus grande discrétion. Assaron, Soldavie, Kovarian, Aslane…Voici l’année du sang.

Elle déposa au centre de la table trois plis scellés à sa marque et les disposa cote à cote consciencieusement face aux trois chaises encore vides. Mais son claquement de doigt avait fait lever de trois endroits différents trois personnes venant à présent prendre place face à elle.

Elle poussa du bout des doigts les plis en leurs directions sans aucun mot. Une fois ce rituel achevé, elle se leva prestement, fit un signe de la main envers l’assemblée qui eu pour effet de calmer le brouhaha incessant et sortit de cet endroit lugubre où seule sa mission aurait pu l’emmener.


Quatre années de guerre avaient suffit a plonger le peuple dans la famine, les Orcs assoiffés par la promesse d’une partie de l’Empire avaient ralliés l’armée Pourpre et la victoire ne semblait pouvoir leur échapper. Le peuple Elfe prit les armes à son tour, la terre brune et fertile laissa la place à une marre de sang, les morts se comptant par milliers. Quatre années de pleurs et de cris commencés par l’année de la haine.

Oranya regagnait maintenant le port à grandes enjambées, échangeant les vapeurs âcres de la taverne contre l’odeur du poisson pêché par ce qu’il restait encore d’hommes valides pour ce métier. Elle n’avait plus qu’une seule idée en tête ; ce trône, il fallait le retrouver. La paix et la survie de l’Empire en dépendaient. L’Efle s’arrêta un instant à une échoppe minuscule faite de piquets en bois grossier et de peaux d’ours liées entre elles. Elle donna quelques pièces au marchand tout en rangeant dans sa besace les bougies achetées à la hâte. La pluie se remettait à tomber plus fine et plus cinglante cherchant à transpercer les soies et tissus. Elle se dirigea vers un navire aux voiles matées et alla à la rencontre de l’homme semblant l’attendre sur le ponton. Elle regarda le navire de disant que l’Ulia ne faisait pas les choses à moitié. Elle doutait quand même, se demandant si tant de flamboyance ne nuirait pas au coté discret de sa mission. Quelques mots en elfique ancien furent échangés suivi d’un branle bas de combat avant que le navire ne se mette à cingler les flots vers sa destination.

Oranya ramassa sa copie du traité, la relit d’une traite avant de la cacheter avec soin et de la ranger à sa ceinture. L’armée d’Ulia venait de naître et avec elle l’année de l’Espoir. Elle se leva dignement et salua de la tête les dirigeants des armées présents à la table. Le peuple elfe venait de lier son destin à celui de l’Empire en quelques lignes entrelacées. Arrivée dans la cour du château, elle fit seller son cheval et parti directement à brides abattues en direction de la nuit profonde. Encore une fois Lidiana se chargeait de guider ses pas et d’ouvrir sa route dénuée de tout obstacle si ce n’était quelques nains affaiblis par une étrange maladie commençant à décimer leur peuple.

Cinglant parmi les eaux, le vaisseau voguait fièrement sur l’océan d’un bleu contrastant avec le noir profond du ciel toujours sournoisement à l’affût. L’Elfe se tenait à la proue, scrutant l’horizon sans relâche. Elle suivait les instructions à la lettre mais quelque part, elle développait une certaine crainte. Comme une erreur de jugement. Dans trois jours tout au plus elle serait rassurée la dessus. Trois jours si rien ne vient troubler leur voyage. Elle fouilla au fond de sa poche et en retira une poignée de terre qu’elle déposa sur la rambarde en bois. Ensuite elle sorti une bougie de son sac, la déposa à coté de la terre de ses ancêtres, l’alluma et commença une prière dédiée à Lidiania. Sa voix était douce et mélodieuse mais aussi mystérieuse que son comportement. Le vent faisait danser la flamme, la nourrissant de son être et la caressait de ses bras invisibles.

Sept cent soixante-dix neuf, l’année du deuil pour le peuple Elfe. Esthenis avait succombé de ses blessures dues à un attentant odieux et le peuple Elfe n’était plus que pleurs et douleurs. Le Roy s’en était allé et, avec lui, le repli des armées elfiques s’était engagé. Année sombre, pire que celles de guerres déjà vécues. Année de changements profonds et insidieux, année de repli, de haine développée sournoisement. Année de révolte et de crises. Rien ne sera plus jamais comme avant. Oranya avait pour la circonstance, troqué sa cape sombre pour un vêtement de cérémonie. Elle regardait le mausolée fait en hauteur et recouvert d’un tapis épais de paille. Elle referma son manuscrit ancien dont elle venait de lire quelques pages en hommage et s’empara d’une torche et bouta religieusement le feu à l’édifice en chantant un cantique à ce Roy mort trop tôt. Quelques heures et larmes plus tard, l’endroit n’était plus que cendres. Oranya s’agenouilla au pied de celles-ci, en ramassa une poignée qu’elle mélangea dans un coffret incrusté de bronze et d’ivoire à de la terre prélevée suivant leurs us. Une page était tournée et il fallait maintenant penser à l’avenir.

 

L’Elfe repensait à cette cérémonie en regardant le mélange de terre et de cendres se laisser emporter par le vent et une larme semblait vouloir perler et se laisser aller le long de sa joue. Cela faisait déjà quinze années que sa mission avait débuté, quinze années où pas un seul instant de répit ne lui fut accordé. Elle savait d’ailleurs qu’elle ne pouvait pas se le permettre, pas qu’elle soit indispensable, loin de là. Mais simplement parce qu’on comptait sur elle pour mener cette tâche à bien. Simplement parce que aucun secret ou alliance de ce monde ne semblait lui échapper. D’un revers de manche elle chassa la larme perlant avant de reprendre ses esprits. Le froid devenait plus intense à mesure que la route s’approchait des terres gelées et le souvenir de Toldaf revenait à son esprit.

La nouvelle avait parcouru tout l’Empire comme une traînée de poudre, la découverte s’annonçait comme un tournant dans la vie de tous. Un trône, un simple trône en apparence mais dont les pouvoirs pourtant semblaient immenses et à ne pas mettre dans toutes les mains. La relique convoitée se mit donc à voyager vers le Sorinar. Elle semblait porteuse de fin de guerre mise entre bonnes mains et l’année du secret laissa la place à l’année de l’espoir. Oranya devisait joyeusement tout en prenant connaissance des secrets du trône avec le sage Toldaf quand un émissaire entra en criant porteur de mauvaise nouvelle. La frégate transportant la relique venait de sombrer dans l’archipel de Toria. L’espoir de paix ne fut donc qu’un feu de paille vite éteint par un coup du destin. Mais au-delà de la nouvelle, c’étaient les conséquences qui chagrinaient le plus l’Elfe et c’est le pas rapide qu’elle prit congé du sage afin, d’encore une fois, être à l’affût des évènements. Le temps semblait devenu fou furieux autour de l’archipel pendant quelques mois développant multiples climats mêlant la glace et le feu. La course au trône magique allait débuter.

Le capitaine avait décidé d’aborder l’archipel par le nord, chose qui semblait concevable pour profiter d’un vent bienveillant. La tension et la fatigue se faisaient sentir parmi l’équipage et la vue d’une côte, fut ce t’elle de glace et de neige, faisait du bien dans les cœurs. Oryana sorti de sa cabine qu’elle n’avait pas quittée depuis vingt quatre heures et c’est un sourire aux lèvres qu’elle contempla les rives d’un blanc immaculé. Elle donna quelques ordres au capitaine qui furent rapidement transmit et l’équipage s’anima comme une fourmilière à l’arrivée du printemps.

Les années s’enchaînèrent à une vitesse incontrôlable, les armées se jouant l’une de l’autre tour à tour. L’année du calme vit une trêve signée, dix ans de pacte de non agression mais pas dix ans de paix. La diplomatie devenait plus dense, plus compliquée et difficile. Oranya ne lâchait plus l’Ulia d’une semelle, suivant leurs pactes, traités, alliances et campagnes. L’Elfe passait les plus dures années de sa vie parcourant terre après terre, fourbue, éreintée. L’année de l’emprise vînt lentement amenant annexion de la plupart des villes de l’archipel par l’armée Pourpre. Et Oranya disparu soudainement. Une longue année sans aucune de ses nouvelles, sans que sa silhouette ne fut aperçue à un endroit où à un autre. Elle semblait disparue.






19:05 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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