28/06/2004

If...

Cette version de la traduction mise en vers du poème If... de Rudyard Kipling a été effectuée par Jules Castier en 1949.

Si...
 
Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi;
Si l'attente, pour toi, ne cause trop grand-peine:
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
Sans avoir l'air trop bon, ni parler trop sagement;

 
Si tu rêves, - sans faire des rêves ton pilastre;
Si tu penses, - sans faire de penser toute leçon;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,
Et traiter ces trompeurs de la même façon;
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
Tordues par les coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux;

 
Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
Et le risquer à pile ou face, - en un seul coup -
Et perdre - et repartir comme à tes débuts mêmes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout;
Si tu forces ton coeur, tes nerfs, et ton jarret
A servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l'arrêt,
Hormis la Volonté qui ordonne : << Tiens bon ! >>

 
Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,
Ou frayes avec les rois sans te croire un héros;
Si l'ami ni l'ennemi ne peuvent te corrompre;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
A toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, - bien mieux - tu seras un Homme, mon fils.






 

 


11:32 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Chanson.

Une artiste, une vraie. Une qui fait se hérisser chaque poil à chaque son de sa voix. Un hommage à l' amour et à la poésie.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L'Absinthe
 

Ils buvaient de l' absinthe,
Comme on boirait de l' eau,
L' un s' appelait Verlaine,
L' autre, c' était Rimbaud,
Pour faire des poèmes,
On ne boit pas de l' eau,
Toi, tu n' es pas Verlaine,
Toi, tu n' est pas Rimbaud,
Mais quand tu dis "je t' aime",
Oh mon dieu, que c' est beau,
Bien plus beau qu' un poème,
De Verlaine ou de Rimbaud,

Pourtant que j' aime entendre,
Encore et puis encore,
La chanson des amours,
Quand il pleut sur la ville,
La chanson des amours,
Quand il pleut dans mon cœur,
Et qu' on a l' âme grise,
Et que les violons pleurent,
Pourtant, je veux l' entendre,
Encore et puis encore,
Tu sais qu' elle m' enivre,
La chanson de ceux-là,
Qui s' aiment et qui en meurent,
Et si j' ai l' âme grise,
Tu sécheras mes pleurs,

Ils buvaient de l' absinthe,
Comme l' on boit de l' eau,
Mais l' un, c' était Verlaine,
L' autre, c' était Rimbaud,
Pour faire des poèmes,
On ne boit pas de l' eau,
Aujourd'hui, les "je t' aime",
S' écrivent en deux mots,
Finis, les longs poèmes,
La musique des mots,
Dont se grisait Verlaine,
Dont se saoulait Rimbaud,

Car je voudrais connaître,
Ces alcools dorés, qui leur grisaient le cœur,
Et qui saoulaient leur peine,
Oh, fais-les-moi connaître,
Ces alcools d' or, qui nous grisent le cœur,
Et coulent dans nos veines,
Et verse-m' en à boire,
Encore et puis encore,
Voilà que je m' enivre,
Je suis ton bateau ivre,
Avec toi, je dérive,

Et j' aime et j' en meurs,
Les vapeurs de l' absinthe,
M' embrument,
Je vois des fleurs qui grimpent,
Au velours des rideaux,
Quelle est donc cette plainte,
Lourde comme un sanglot,
Ce sont eux qui reviennent,
Encore et puis encore,
Au vent glacé d' hiver,
Entends-les qui se traînent,
Les pendus de Verlaine,
Les noyés de Rimbaud,
Que la mort a figés,
Aux eaux noires de la Seine,
J' ai mal de les entendre,
Encore et puis encore,
Oh, que ce bateau ivre,
Nous mène à la dérive,
Qu' il sombre au fond des eaux,
Et qu' avec toi, je meurs,

On a bu de l' absinthe,
Comme on boirait de l' eau,
Et je t' aime, je t' aime,
Oh mon dieu, que c' est beau,
Bien plus beau qu' un poème,
De Verlaine ou de Rimbaud...

 
 

Barbara
 
(Texte soumis aux Droits d'Auteur - Réservé à un usage privé ou éducatif.) 






10:54 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Citation.

"...La passion est un ouragan, quelque chose de sublime qui précipite le désastre. C'est une histoire qui se termine toujours mal..."
 
Tahar Ben Jelloun
Extrait de: "L'auberge des pauvres"
 


08:04 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Mots et maux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je couche mes mots pour étouffer mes maux,

Une patine usée recouvrant ce que je fus.

Prince rêveur, dernier chevalier, ange déchu,

L’encre coule et couvre mes cris par défaut.

 

Tu caches tes maux pour sourire à mes mots,

Déchirée, penchée sur mes arabesques élancées.

Etoile brillante, petite fille sur sa plage ensablée,

Manteau d’hermine couvrant mon dos.

 

Je laisse mes mots glisser et s’enflammer,

Vivre éphémères avant de s’envoler vers toi.

Je les envoie prendre ton cœur comme unique toit,

S’y immiscer, s’y lover pour enfin le réchauffer.

 

Je soigne mes maux d’un baume aux sourires,

Mémoire d’une peau qui colle à mon corps.

J’applique à mes mots des sentiments de désir

Et une couche de patine usée, ton rouge et or.





07:52 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Citation.

"Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité."
 
Antoine de Saint - Exupéry

07:19 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

J'aime...

 
 
 
 
Il est des fois où je tombe sur certaines chansons que j'aimerais avoir écrites moi-même. Pas toujours pour la beauté de l'air, parfois pour de simples mots. Mais celle -ci reflète très fort mon état d'esprit.
 
 
Marguerite.
 
Surtout, ne m'en voulez pas trop
Si ce soir je rentre chez moi
J'ai tellement de choses à faire
Avant que le jour se lève

Et pendant qu'elle dormira
Moi, je lui construirai des rêves
Pour que plus jamais, au réveil
Elle ne se lève les yeux en pleurs

Et pour que cette longue nuit
Ne soit plus jamais noire et profonde
Je demanderai à la lune
De remplir le ciel tout entier

Et pour que je puisse encore la voir
Me sourire comme avant
Je demanderai au soleil
De brûler, même en plein hiver

Et pour qu'elle puisse encore chanter
Les chansons de notre bohème
Je construirai un silence
Plus grand que ceux des cathédrales

J'irai réveiller les amants
Je parlerai des heures entières
Et je sais qu'ils me suivront
Tant que nous resterons amants

Alors on se promènera
Tous ensemble on dansera
D'incroyables sarabandes
Et elle oubliera sa peine

Et pour que la ville danse
Et pour que la ville chante
On inventera des couleurs
Et elle oubliera ses larmes

Nous irons dans les campagnes
Pour cueillir les fleurs des champs
Pour en faire un grand lit blanc
Où l'on s'aime tendrement

Et puis nous irons au fond du ciel
Pour lui choisir une étoile
Parc'que Marguerite est bonne
Parc'que Marguerite est belle
Parc'que Marguerite est vraie
Parc'que Marguerite est douce
Parc'que Marguerite m'aime
Moi, je ne vis que pour elle

Marguerite est ma raison
Mon lendemain, mon idéal
Marguerite qui est le vent
Ne sait pas qu'elle peut me faire mal

Parc'que Marguerite est celle
Que je veux toujours près de moi
Marguerite est Marguerite
Marguerite est tout pour moi

Marguerite est tout pour moi


 

Richard Cocciante.

(Texte soumis aux Droits d'Auteur - Réservé à un usage privé ou éducatif.) 

 




06:59 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Ô princesse.

Faire et défaire, lier, délier sans cesse

Croire que chaque chute nous grandi et nous aide

Vices et caprices, le sang afflue, muscles raides

Lier et défaire, faire et délier jusqu’à l’ivresse.

 

Regards fuyants et paupières lourdes de songes,

Silence pesant et électrifiant sous l’absence,

Adoration suprême, dernier espoir en déliquescence,

Ô princesse, si tu savais comme je me ronge.

 

Rêver et oublier, se rappeler les moments passés,

Savoir que tout reste intense, présent mais si fragile.

Le sang afflue, larmes naissantes cristallines et dociles,

Ô princesse, Simplement d’un sourire pouvoir te frôler.

 

Espoir et désespoir, tourbillon de sentiments malhabiles,

Lier, délier, faire et défaire de l’aurore à l’aurore.

Ô princesse, simplement à attendre qu’un jour encore,

Nous mêlerons nos corps amants et nos âmes fébriles.


06:28 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/06/2004

Citation.

"Le verbe aimer est difficile à conjuguer : son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif, et son futur est toujours conditionnel."
 
Jean cocteau

14:17 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

14/06/2004

Anicroche

Pour toi, Marie-Pierre, Que ta jeunesse soit notre avenir.

 

Une simple anicroche accroche ton cœur déboussolé,

Que seule ta jeunesse t’empêche de réaliser

Que tu sombres corps et âme dans un puits sans fond.

Eau noire et triste, folie et déraison.

 

Mince frontière où tu chutes dans l’eau glacée

Voulant marcher fièrement vers ce passage clos.

Délicate funambule sur une pellicule givrée

Jugement erroné, Manque de force te collant à la peau.

 

Ouvre les yeux, jeunesse et futur de ce monde,

Bats toi sans cesse contre les créatures immondes.

Détresse, érosion des sentiments les plus nobles,

Prétentions, tensions, amertume, plongeant dans l’ignoble.

 

Une simple anicroche faisant basculer du rêve au réel,

Passant de contacts charnels à un empire virtuel.

Pourtant il te faut vivre ta propre vie et l’écrire,

Et ne jamais laisser le droit de s’emparer d’un de tes soupirs.

 

04:46 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

11/06/2004

Pensée.

"Je suis aveugle mais ça aurait pu être pire. J'aurais pu être noir."
 
Ray Charles
 
Une petite pensée pour celui qui a réussi à mettre les notes au niveau des mots.

14:31 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

10/06/2004

Il sera une fois.

Pour toi ange.
 

Il était une fois, deux grands yeux d’émeraudes ayant perdu leurs éclats. Ils en avaient bien des raisons mais pourtant ce n’étaient pas vraiment elles qui avaient fait que la lumière s’était éteinte. Non c’était autre chose, c’était simplement une envie de renoncer, de baisser les bras. C’était un peu comme une lumière qu’on éteint peu à peu, comme une nuit qui tombe lentement recouvrant nos vies de son grand manteau sombre et parfois angoissant.

Il était une fois, une petite fille qui avait ses deux si jolis yeux. Mais cette petite fille a grandi, les traînant ci et là, les laissant voir ce que son cœur ne voulait voir, les laissant scruter ce que son âme tentait à rejeter. Dans ses petits tiroirs commençaient à s’accumuler des souvenirs pas très agréables, des fantômes qu’elle aurait voulu ne pas croiser.

 

Et le temps a passé avec son cortège de poudre aux yeux et de désillusions. Avec ses joies intenses, trop peu souvent présentes, et ses coups de colère et de cafards à repeindre le monde en noir et noir. Et cette petite fille est devenue femme mais ses yeux brillants ont viré vers le terne.

Pourtant…

 

Il sera une fois où, une fois son courage empoigné, cette femme ouvrira ses vieux tiroirs poussiéreux et y fera le ménage. Il sera un jour où elle s’entendra crier se libérant enfin de ses démons passés. Et ce jour là, ce jour où elle regardera à nouveau le monde avec son cœur, ses yeux brilleront à nouveau de mille feux.




22:42 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

09/06/2004

Terres d'Orcanie. (Extrait)

Dydou était penché au-dessus de sa table de travail et écrivait quelques lignes dans un cahier de bord...

         "Drôle de monde qui reprends un jour ce qu'il a donné l'autre.....
         Mais quand il se met
à rendre ce qu'il a pris....Là....Ce n'est plus que joies et bonheurs....
         Et s'il savait ce qu'il vient de me rendre..... "

         La nostalgie du moment le prit et pendant un court instant, il fut projeté dans le temps...

         "Un petit brin de fille qui traînait son
épée sur le sol, déboussolée, sa chevelure rousse cachant la tristesse de son visage... Ses yeux verts n’exprimaient que le vide... Et puis, j’ai croisé son regard méfiant. Je me suis approché en essayant de ne pas la faire fuir."

         "-Qui es-tu, jeune inconnue?"


         "J'allais apprendre ton histoire... Je l'ai
écouté, j'ai tenté de la consoler, croyant même y être arrivé. Au fil des jours, je l'ai vu se remettre à rire, à chanter, à aimer la vie de nouveau. Puis je me suis décidé: j'ai fait de cette jeune femme ma soeur, celle qui faisait sourire mon coeur et vivre mon âme."

         "Tu
étais la plus belle chose de ma vie..."

         "La vie
était belle....Et puis....Tu es partie...Tu as disparue... "

         Il pensa
à ces quatre années, à ces quatre longues années qui les avaient séparé, puis se remit à écrire:

         "Mais qu'importe ces ann
ées! Elles m'auront été utiles pour comprendre.... Pour me rendre compte... Pour savoir ce que.... "

         Il suspendit son geste et pensa à ce qu'il allait écrire, un sourire tendre aux lèvres. Il se retourna et vit la silhouette immobile de sa soeur.

         -Ce que seuls...Toi et moi....

         Il tourna son regard vers la fen
être: la lune était haute dans le ciel. Les grillons chantaient dans la nuit alors que le vent jouait entre les feuilles des arbres. Koreander bougeait dans son lit: il se retourna et la regarda longuement, dormir toujours aussi paisiblement.

         -Aujourd'hui, tout a changé....

         Il referma sa fiole d'encre, rangea sa plume blanche et laissa la page ouverte
à la vue de tous. Il se déshabilla et alla rejoindre sa soeur dans le lit: il la serra doucement dans ses bras, posa un baiser sur ses lèvre et s'endormit, heureux...


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08/06/2004

Oranya, la vie mystérieuse d'une elfe.

[Un petit coin de voile se lève sur ma personne. J'aime les jeux de rôle en réseau et je ne pouvais m'empêcher de mettre ici le BG (L'histoire du personnage pour les non-initiés) d'un de mes personnages. Bonne lecture.]
 

Ce qui pourrait sembler long dans une vie d’humain ne restait jamais qu’une paille sur la ligne du temps de la jeune elfe. Vingt cinq années avaient à peine réussi à dessiner des ébauches de rides aux coins de ses lèvres. Elle arpentait les rues de Centoria emmitouflée dans une cape à la coupe ample, non pas par coquetterie mais plutôt par discrétion. Ses pas semblaient prendre une direction connue après avoir parcouru l’Empire de long en large.

L’année du renouveau qu’ils l’avaient appelée pourtant Oranya n’avait encore jamais rien vu lui permettant de penser en ce sens. Dans sa tête défilaient encore les dernières vingt cinq années de sa vie.

Les nuages déversaient en cascades leur flot de pluie glacée et les éclairs rendaient cet instant tragique mais avec une pointe de magie surréaliste. C’était un tableau fait de murs blancs et bleus, de gris et de noirs profonds se mélangeant sans cesse. Lidiana devait être en colère sûrement pour déverser une telle haine sur tout le continent de Feeril. L’année de l’anneau commençait plutôt mal, l’Empereur, fébrile, lâchait lentement sa vie comme une feuille morte et déjà les fomentations les plus sombres se faisaient entendre dans son dos comme autant de murmures hypocrites, comme autant de coups de poignards et de révoltes prêts à déchirer l’Empire. La grande salle s’était parée de tous ses joyaux, tentures les plus riches pendaient en cascades voluptueuses aux quatre murs éclairés de torches entrelacées de fils d’or, sur la table les mets les plus fins avaient étés cuisinés pour ce qui serait sans doute le pire des repas que l’on puisse un jour connaître. Oranya restait dans son coin, à peine dévoilée par la lumière flamboyante d’un tronc entier brûlant dans l’âtre. Comme à l’accoutumée, elle restait discrète et se contentait d’écouter. Elle leva les yeux vers l’Empereur, triste relique de ce monde qui avait connu la paix, puis vers les prétendants au trône rassemblés autour de la table, telle une horde de loups assoiffés. Pour elle…On rentrait dans l’année du conflit.

L’Elfe se dirigeait maintenant d’un pas plus rapide vers une taverne proche du port d’où s’échappaient multiples railleries et effluves d’alcool mal distillé. Elle poussa la porte à peine gênée par les regards se tournant vers elle, regarda l’entièreté de la taverne avant de jeter son dévolu sur une table à l’écart. Elle garda la capuche de sa cape d’un vert profond vissée sur la tête, leva lentement la main droite et fit un claquement de doigts qui devait être un signal obscur.

L’Empire était en deuil, Valdefort n’avait pu survivre à sa longue maladie malgré les soins prodigués par les mages les plus érudits et l’année du Songe commençait. Déjà le malaise prenait forme alors que le corps de l’Empereur était encore tiède et sa vie présente en nos mémoires. Oranya serrait son kryss discrètement à la ceinture, sans aucune arrière pensée, mais juste prête à se défendre au cas échéant. La nomination d’Ilken Sanveris avait échauffé les esprits et multiples alliances guerrières avaient éclatées. Le temps de la paix semblait révolu et la future monnaie de l’Empire serait le sang. L’Elfe mystérieuse soupirait dans son coin, c’était à son tour d’entrer en scène mais, comme elle l’avait toujours fait, avec la plus grande discrétion. Assaron, Soldavie, Kovarian, Aslane…Voici l’année du sang.

Elle déposa au centre de la table trois plis scellés à sa marque et les disposa cote à cote consciencieusement face aux trois chaises encore vides. Mais son claquement de doigt avait fait lever de trois endroits différents trois personnes venant à présent prendre place face à elle.

Elle poussa du bout des doigts les plis en leurs directions sans aucun mot. Une fois ce rituel achevé, elle se leva prestement, fit un signe de la main envers l’assemblée qui eu pour effet de calmer le brouhaha incessant et sortit de cet endroit lugubre où seule sa mission aurait pu l’emmener.


Quatre années de guerre avaient suffit a plonger le peuple dans la famine, les Orcs assoiffés par la promesse d’une partie de l’Empire avaient ralliés l’armée Pourpre et la victoire ne semblait pouvoir leur échapper. Le peuple Elfe prit les armes à son tour, la terre brune et fertile laissa la place à une marre de sang, les morts se comptant par milliers. Quatre années de pleurs et de cris commencés par l’année de la haine.

Oranya regagnait maintenant le port à grandes enjambées, échangeant les vapeurs âcres de la taverne contre l’odeur du poisson pêché par ce qu’il restait encore d’hommes valides pour ce métier. Elle n’avait plus qu’une seule idée en tête ; ce trône, il fallait le retrouver. La paix et la survie de l’Empire en dépendaient. L’Efle s’arrêta un instant à une échoppe minuscule faite de piquets en bois grossier et de peaux d’ours liées entre elles. Elle donna quelques pièces au marchand tout en rangeant dans sa besace les bougies achetées à la hâte. La pluie se remettait à tomber plus fine et plus cinglante cherchant à transpercer les soies et tissus. Elle se dirigea vers un navire aux voiles matées et alla à la rencontre de l’homme semblant l’attendre sur le ponton. Elle regarda le navire de disant que l’Ulia ne faisait pas les choses à moitié. Elle doutait quand même, se demandant si tant de flamboyance ne nuirait pas au coté discret de sa mission. Quelques mots en elfique ancien furent échangés suivi d’un branle bas de combat avant que le navire ne se mette à cingler les flots vers sa destination.

Oranya ramassa sa copie du traité, la relit d’une traite avant de la cacheter avec soin et de la ranger à sa ceinture. L’armée d’Ulia venait de naître et avec elle l’année de l’Espoir. Elle se leva dignement et salua de la tête les dirigeants des armées présents à la table. Le peuple elfe venait de lier son destin à celui de l’Empire en quelques lignes entrelacées. Arrivée dans la cour du château, elle fit seller son cheval et parti directement à brides abattues en direction de la nuit profonde. Encore une fois Lidiana se chargeait de guider ses pas et d’ouvrir sa route dénuée de tout obstacle si ce n’était quelques nains affaiblis par une étrange maladie commençant à décimer leur peuple.

Cinglant parmi les eaux, le vaisseau voguait fièrement sur l’océan d’un bleu contrastant avec le noir profond du ciel toujours sournoisement à l’affût. L’Elfe se tenait à la proue, scrutant l’horizon sans relâche. Elle suivait les instructions à la lettre mais quelque part, elle développait une certaine crainte. Comme une erreur de jugement. Dans trois jours tout au plus elle serait rassurée la dessus. Trois jours si rien ne vient troubler leur voyage. Elle fouilla au fond de sa poche et en retira une poignée de terre qu’elle déposa sur la rambarde en bois. Ensuite elle sorti une bougie de son sac, la déposa à coté de la terre de ses ancêtres, l’alluma et commença une prière dédiée à Lidiania. Sa voix était douce et mélodieuse mais aussi mystérieuse que son comportement. Le vent faisait danser la flamme, la nourrissant de son être et la caressait de ses bras invisibles.

Sept cent soixante-dix neuf, l’année du deuil pour le peuple Elfe. Esthenis avait succombé de ses blessures dues à un attentant odieux et le peuple Elfe n’était plus que pleurs et douleurs. Le Roy s’en était allé et, avec lui, le repli des armées elfiques s’était engagé. Année sombre, pire que celles de guerres déjà vécues. Année de changements profonds et insidieux, année de repli, de haine développée sournoisement. Année de révolte et de crises. Rien ne sera plus jamais comme avant. Oranya avait pour la circonstance, troqué sa cape sombre pour un vêtement de cérémonie. Elle regardait le mausolée fait en hauteur et recouvert d’un tapis épais de paille. Elle referma son manuscrit ancien dont elle venait de lire quelques pages en hommage et s’empara d’une torche et bouta religieusement le feu à l’édifice en chantant un cantique à ce Roy mort trop tôt. Quelques heures et larmes plus tard, l’endroit n’était plus que cendres. Oranya s’agenouilla au pied de celles-ci, en ramassa une poignée qu’elle mélangea dans un coffret incrusté de bronze et d’ivoire à de la terre prélevée suivant leurs us. Une page était tournée et il fallait maintenant penser à l’avenir.

 

L’Elfe repensait à cette cérémonie en regardant le mélange de terre et de cendres se laisser emporter par le vent et une larme semblait vouloir perler et se laisser aller le long de sa joue. Cela faisait déjà quinze années que sa mission avait débuté, quinze années où pas un seul instant de répit ne lui fut accordé. Elle savait d’ailleurs qu’elle ne pouvait pas se le permettre, pas qu’elle soit indispensable, loin de là. Mais simplement parce qu’on comptait sur elle pour mener cette tâche à bien. Simplement parce que aucun secret ou alliance de ce monde ne semblait lui échapper. D’un revers de manche elle chassa la larme perlant avant de reprendre ses esprits. Le froid devenait plus intense à mesure que la route s’approchait des terres gelées et le souvenir de Toldaf revenait à son esprit.

La nouvelle avait parcouru tout l’Empire comme une traînée de poudre, la découverte s’annonçait comme un tournant dans la vie de tous. Un trône, un simple trône en apparence mais dont les pouvoirs pourtant semblaient immenses et à ne pas mettre dans toutes les mains. La relique convoitée se mit donc à voyager vers le Sorinar. Elle semblait porteuse de fin de guerre mise entre bonnes mains et l’année du secret laissa la place à l’année de l’espoir. Oranya devisait joyeusement tout en prenant connaissance des secrets du trône avec le sage Toldaf quand un émissaire entra en criant porteur de mauvaise nouvelle. La frégate transportant la relique venait de sombrer dans l’archipel de Toria. L’espoir de paix ne fut donc qu’un feu de paille vite éteint par un coup du destin. Mais au-delà de la nouvelle, c’étaient les conséquences qui chagrinaient le plus l’Elfe et c’est le pas rapide qu’elle prit congé du sage afin, d’encore une fois, être à l’affût des évènements. Le temps semblait devenu fou furieux autour de l’archipel pendant quelques mois développant multiples climats mêlant la glace et le feu. La course au trône magique allait débuter.

Le capitaine avait décidé d’aborder l’archipel par le nord, chose qui semblait concevable pour profiter d’un vent bienveillant. La tension et la fatigue se faisaient sentir parmi l’équipage et la vue d’une côte, fut ce t’elle de glace et de neige, faisait du bien dans les cœurs. Oryana sorti de sa cabine qu’elle n’avait pas quittée depuis vingt quatre heures et c’est un sourire aux lèvres qu’elle contempla les rives d’un blanc immaculé. Elle donna quelques ordres au capitaine qui furent rapidement transmit et l’équipage s’anima comme une fourmilière à l’arrivée du printemps.

Les années s’enchaînèrent à une vitesse incontrôlable, les armées se jouant l’une de l’autre tour à tour. L’année du calme vit une trêve signée, dix ans de pacte de non agression mais pas dix ans de paix. La diplomatie devenait plus dense, plus compliquée et difficile. Oranya ne lâchait plus l’Ulia d’une semelle, suivant leurs pactes, traités, alliances et campagnes. L’Elfe passait les plus dures années de sa vie parcourant terre après terre, fourbue, éreintée. L’année de l’emprise vînt lentement amenant annexion de la plupart des villes de l’archipel par l’armée Pourpre. Et Oranya disparu soudainement. Une longue année sans aucune de ses nouvelles, sans que sa silhouette ne fut aperçue à un endroit où à un autre. Elle semblait disparue.






19:05 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/06/2004

Ethéré. (En réponse à Neige.)

L'archet de mes doigts,
Tirera de ta chair,
Comme d'un violon,
Des soupirs d'abandon.
Je jouerai de ton corps,
Comme on joue de la guitare,
Je trouverai les accords,
Qui feront de toi,
Un homme sans armure,
Un homme sans blessure,
Et qui te laisseront sur les rives,
D'un nouveau paradis.
 
Au fond de l'amour,
Mon ventre, ma bouche,
T'arracheront les plaintes primaires,
Là, où nos âmes sœurs,
Se fondent en corps frères.
Je me noierai dans tes yeux
Quand ils chavirent,
Pour violer tes rêves en feu,
Et savoir dans quel pays,
Tu te sauves à l'instant vertigineux,
Où tout bascule en symphonie.
 
Je te volerai les mots doux,
Et parfois cruels,
Que tu n'as jamais dit entre tous,
Ceux qui ne se murmurent,
Que dans l'oubli du futur,
Alors je te laisserai aussi vide,
Et aussi limpide,
Qu'irréel...

 

(Neige)

 

 

Et je te laisserai voler,

L’espace d’un soupir,

Ces moments oubliés

Stimulant le désir.

Pour qu’enfin je t’appartienne

Et te rejoigne,

Enfin aimé,

Adulé,

Avant d’être encore,

Dès l’aurore,

Ethéré,

Oublié…

 

Puis le sel de mes larmes

Coulera en cascade.

Dépouillé de coquille,

Mis les chairs à nu,

Douleur et tristesse en tenailles,

La peur aux entrailles,

Je serais vertu,

Ame en vrille,

Corps en peine,

Plus que pleurs

Et haine

D’avoir été grugé,

Ethéré,

Oublié…

 

Et je reprendrai forces

Pour retrouver jouissances,

Brisant mon écorce

Abandonnant souffrances.

Et au fort de mes envies,

Je dessinerai ton corps

Sans aucun remords

Jusqu’à lui prendre vie.

L’abandonner donnant

Le revers de l’union,

Le charmant.

Illusion…

 

L’amour ne se prend pas,

Il n’est que don

Que même le pardon

N’égalera.

La passion se partage,

Se propage.

Les corps se répandent

Et s’étendent…

Mais à la fin,

Toujours l’instinct,

L’impression,

La sensation

D’être aimé,

Puis oublié…

Ethéré…


18:53 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Regards.

Notes douces et mélodieuses, tortueuses et confinées

Déchirant l’absence de raison de leur supplice raffiné

Sanglots émoussés parcourant sensuellement les veines

Allant réveiller joies et peines, mélanger amour et haine

 

Mots tendres et délicieux jaillissant d’une plume perdue

Glissant sur les peaux fragiles de ceux que l’on met à nu

Lettres amalgamées sans relâche dévoilant nos pensées

Les laissant traîner, vestiges et racines coulés sur papier

 

Bouche que l’on ouvre à peine sans jamais en sortir de son

Figée de dépit, tremblante devant cette mortelle intention

Mains qui s’avancent, hésitantes devant un contact proche

Chancelantes, vacillantes d’émotions redoutant l’accroche

 

Instant suprême où l’on comprend enfin les yeux fermés

Qu’il n’existe dans un amour pur qu’une seule vérité

Celle de l’instant si fragile où se croisent les regards

Où fusionnent les cœurs, point final de nos déboires



08:05 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Voiles.

Voiles troubles de brumes opaques cachant la vérité enfuie

Dans de vieux tiroirs poussiéreux, instants de folie

Voiles dansants devant des yeux fermés à l’avenir

Qui semblent geindre provocant craintes et soupirs

 

Passagers du temps mal vécu, princes des déceptions

Gargouilles infectieuses et malicieuses empreintes de dévotion

Gardiens des terreurs, régulateurs de nos peurs futures

Nouant les fils de nos vies au seuil de la rupture

 

Voiles vibrants, se dévoilant enfin sous un souffle corporel

Venus d’un présent sans chaînes, mélange poétique et charnel

Voiles de lumière éclairant de leurs éclats nos pas encore fébriles

Traces en nos cœurs rejetant nos vieux démons fertiles

 

Passagers de la vie qui suit son cours, rois de nos chemins

Instants si magiques d’un bonheur que l’on touche enfin

Passagers du futur où le feu sacré prend le pas sur la glace

Donnant en nos cœurs une empreinte de vie laissant nos propres traces


05:42 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Souvenir fugace.

Souvenir fugace caressé par les vagues d’un passé résistant.

Clichés sépias d’enfance s’estompant vers le noir et blanc.

Nos rêves restent traces en notre profond inconscient.

Gardiens d’histoire, privilège de nos actes, regagnant la surface du temps.

 

Arrive le jour entre les jours où l’équilibre est atteint.

Mélange de passé regretté et de futur que l’on craint.

Grain de sable carré stoppant la course du temps qui passe.

Le regard tourné vers l’avenir, prêt à y laisser nos traces.

 

Souvenir fugace battu par le vent d’un présent troublant.

Clichés colorisés, images kaléidoscopiques d’un amour naissant.

Fruit de nos rêves que l’on redore avec une fébrilité d’enfant.

Privilège de nos actes, délire inassouvi de déments amants.

 

Arrive le moment où nos cœurs envieux battent à l’unisson.

Point d’orgue assorti de baisers fiévreux baignés de passion.

Nudité absolue, senteurs et chaleurs de deux corps en dérision.

Départ torride, recueil de rêves né d’un amour en fusion.


05:41 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Ombres et lumières.

Ombres et lumières, déchirures fractales et fatales

Enfer de la vie dans un mélange bacchanal

Papillon de nuit aux ailes brûlées

D’avoir osé toucher a des rêves protégés

 

Rêves et réalités, cassures analogiques et cycliques

Déposant ses raisons sur une monde féerique

Papillon de nuit plongeant dans le gouffre de l’oubli

Pour avoir un jour voulu sortir de sa nuit

 

Cynisme et candeur, aléas d’une vie que je rejette

Choix déchirant sous des promesses obsolètes

Le regard brillant se noyant dans un autre

Sachant qu’il n’est pas celui du bon apôtre

 

Ombres et lumières, tendues en un voile unique

Vivre en funambule sur un fil endémique

Un doigt levé sous l’orage indiquant le ciel

Vers une étoile cruelle qui n’est pas la sienne


05:36 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Coquelicot d'avril.

Coquelicot d’avril aux pétales fragiles

Glisse le long du fil d’un amour juvénile

Coquelicot d’avril aux couleurs éclatantes

S’agite dans la brise d’une envie si latente

 

Princesse rêveuse, accroche implacable du désir

Attise en moi mille démons refreinant leurs plaisirs

Princesse rêveuse, fille du temps, enfant de l’enfance

Réveille en moi moult sentiments en transhumance

 

Idylle discrète et secrète fuyant tumultes impétueux

Me forçant à admettre ce seul amour merveilleux

Idylle secrète bouillonnant en un alchimique anathème

Me commettant à hurler l’irréversible Je t’Aime

 

Coquelicot d’avril aux pétales subtils

Frémit dans l’air glacé d’un hiver devenu sénile

Coquelicots d’avril aux éclats de soupirs

Attendant du printemps une promesse d’avenir

 



05:31 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Terres d'Orcanie.

Voilà le début de ce que sera mon premier roman.

 

Chapitre I : Quatre

 

Korey, une jeune guerrière impétueuse, était allongée sur un lit dans une des nombreuses chambres de la taverne d'Amenor, ville au port grouillant de vie, escale de tout un chacun. Elle était plongée dans un très profond sommeil, proche de la catalepsie. La pièce était d'une décoration sans goût, comme un cumul anarchique d'objets ramenés ça et là de nombreux voyages. Une faible lueur filtrait sous les draps poussiéreux tirés devant ce qui servait de fenêtre. Un murmure incessant mêlé d'odeurs de poisson frit montait et s'immisçait dans la trop minuscule salle. La veille, elle s'était réveillée, dépouillée de tout vêtement, aux abords de cette même ville, sans trop savoir comment elle s'y était retrouvée. Quelqu'un l'avait-il battue? Violée? Elle n'en avait pourtant pas eu l'impression. Korey ouvrit un oeil puis le second, finissant par fixer les grains de poussières, tels des étoiles minuscules, traversant le mince filet de lumière s'échappant des jointures des tentures. Elle tenta de se relever, dégarnissant le drap d'un geste faible, quand une douleur assailli tout son être. Une très longue blessure dorsale parcourait son corps de l'épaule à la taille. Et la plaie saignait. Elle poussa un cri lorsque que son dos couvert de sang à moitié séché se détacha du drap souillé.
Il lui avait fallu beaucoup de temps et surtout la rencontre inopinée avec son frère pour la faire se souvenir du calvaire dans lequel elle avait été plongée lui valant cette blessure.
Lors d'une de ses nombreuses pertes de conscience, son frère, Dydou d'Orcanie, l'avait amenée et allongée dans un lit de la taverne. Mais ça, elle l'ignorait. Tout ce qu'elle savait, c'était que des images de son passé venaient l'attaquer par vagues de plus en plus fortes alors qu'elle était incapable de leur résister. Des vagues plus noires que la nuit, plus vermeilles que le sang qui coule d'une plaie. Des souvenirs implacables prenant possession de son âme au cours de ses instants de sommeil. Korey passa une main dans son dos, la ramena devant son regard triste, cligna des yeux trois fois et retomba sur le lit s'abandonnant à nouveau. La main tachée de sang se crispa sur le drap et, déjà, le monde disparaissait sous elle.



Un rire froid et victorieux, écho de ses souvenirs, se fit entendre. Une voix familière dont elle semblait se nourrir tout en en maudissant le timbre.
-Je t'attendais, Koreander....
Korey se retourne et voit l'homme en armure rouge, entouré de sa pénombre. Il tend une main gantée vers elle.
-Viens à moi, Korey. Et libère ta haine... Ta haine... TA HAINE!!! Mouahahahahaha.

Korey hurla et son corps, suivant son esprit poussé hors du sommeil, se redressa brusquement dans le lit, puis retomba lourdement. Sur son dos, sans raison apparente, sa plaie s'ouvrit largement, inondant le lit du sang de la demoiselle aux cheveux roux. A nouveau, la fatigue vint clore les yeux humides de la guerrière.
Dydou remercia le garde de faction devant la porte de la chambre d'une pièce en étain et entra sur la pointe des pieds tout en empêchant la porte de grincer sous son poids. Korey semblait à nouveau endormie et sa respiration lente tentait à le prouver. D'un geste de la main, il recouvra le corps de sa soeur du drap baissé à sa taille et s'assit au bord du lit, la surveillant d'un regard fraternel et protecteur.
-Quatre longues années...
Dydou soupira avant de reprendre d'une voix monotone mais empreinte d'émotion.
-Quatre longues années sans nouvelle de toi, petite soeur. Sans savoir où tu te trouvais. Tous mes messagers sont revenus les mains vides, sans aucune nouvelle pour réchauffer mon coeur. J'ai fait affréter des dizaines de bateaux afin de fouiller de fond en comble chacun de ces mondes. Peine perdue. Rien...Tu ne semblais plus exister. Personne ne semblait avoir croisé ta route, personne n'avait reconnu ta chevelure rousse renvoyant les rayons du soleil comme autant de rayons d'opale...
-Puis, par miracle, à moins que ce ne soit par Amour, tu es réapparue. A l'endroit où je t'avais quittée il y a déjà bien des lunes.
Il posa son regard tendre sur Korey.

-Que s'est il réellement passé tout ce temps? Ce temps, qui pour toi, ne te semble qu'une poignée de jours, ce temps qui n'a eu aucune emprise sur ta jeunesse. Tu n'as pas vieilli d'une heure, petite soeur.
-Et puis, cette blessure.... Cette blessure étrange dont je découvre pour la première fois l'existence, cette plaie vivant au gré de tes souvenirs, se refermant et s'ouvrant suivant tes humeurs et tes pensées: quelle est-elle?.... Je te rassure, petite soeur, de mal, tu n'en as point commis en ce monde...Tu t'es juste endormie...Ici...Il y a quatre ans.... Que s'est-il vraiment passé? Je te promets sur ma vie de le découvrir... Savoir qui a su et comment on a réussi a infiltrer ton âme et tes rêves me sera tâche ardue, mais je ne trouverais le sommeil que le jour où cette blessure se refermera pour la dernière fois libérant enfin ton coeur et ton esprit...
Il imaginait déjà mille châtiments pour le coupable, les poings serrés. Puis il regarda sa soeur, toujours endormie, lui sourit et lui murmura;
-Dors, Ko, commence par te reposer, je veille à nouveau sur toi.
Il déposa un baiser sur son front et quitta la chambre en silence.


05:07 Écrit par Dydou d'Orcanie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |